Progression ou régression : la réforme de l'éducation selon le gvt français ?

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Progression ou régression : la réforme de l'éducation selon le gvt français ?

Message par Claire M3T le Mar 5 Aoû - 12:37

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Ecole et inégalités: une ''réforme'' révolutionnaire

Par NESTOR ROMERO | Ancien enseignant | 26/07/2008 | 16H59
Il m’arrive assez souvent de consulter l’Observatoire des inégalités afin de ne pas succomber à cet engourdissement de l’esprit produit par l’immense privilège de pouvoir jouir d’un confort modeste mais suffisant. Ma dernière consultation n’a pas manqué de provoquer l’effet attendu, cette indignation irrépressible, troublante si l’on compare ce que l’on fait à ce qu’il faudrait faire.

Que l’on en juge: « Les patrons les mieux rémunérés de France touchent entre trois siècles et mille deux cents ans de SMIC… par an. » Exemples: Benoit Potier (Air liquide) a touché 4,4 millions d’euros en 2007 et Pierre Verluca (Vallourec) de son côté a engrangé 18 millions d’euros alors que la moitié des salariés français touchent un salaire mensuel de 1555 euros, que 13% de la population dispose d’un revenu inférieur à 880 euros par mois (nouveau seuil de pauvreté pour l’année 2006) et que l’on compte près de huit millions de pauvres. On compte, en effet, ce qui signifie que si l’on gagne 881 euros on n’est plus compté parmi les pauvres…

Situation dont les effets en matière de reproduction sociale sont eux aussi exprimés en chiffres par le même observatoire. Par exemple et entre autres: « 55% des élèves des classes préparatoires sont des enfants de cadres ou professions libérales, 16% ont des parents ouvriers, inactifs ou employés », ce qui donne un chiffre aux alentours de 1% pour le nombre de ces enfants parvenant à intégrer (et à en sortir honorablement) les plus grandes écoles.

Ou encore: les fils de cadres supérieurs ont huit fois plus de chances que les fils d’ouvriers d’obtenir un bac S, ou enfin: 9% de la population adulte dispose d’un diplôme supérieur à bac + 2.

On ne peut alors qu’être attentif aux propos du ministre de l’Education nationale quand il affirme, vitupérant au passage les « pédagogistes », c’est-à-dire tout de même une fraction importante des enseignants au service desquels il se trouve provisoirement placé (ne jamais oublier l’étymologie du mot « ministre »: serviteur), quand il affirme, donc, qu’il entend lutter avec ce qu’il nomme sa « réforme » contre « les déterminismes sociaux » (Le Monde du 18 juillet 2008).

La tâche s’annonce rude, les chiffres le montrent. D’autant plus que parler de réforme pour qualifier les mesures en cours relève non pas d’un simple abus de langage mais de la pure contrevérité.

Une réforme honteuse d’elle-même lovée dans une phraséologie « progressiste »

« Réforme » en effet évoque un mouvement progressif vers un idéal qui, énoncé par le triptyque républicain est celui de la justice sociale. De sorte que prétendre « lutter contre les déterminismes sociaux » au sein d’un gouvernement et sous la bannière d’un président dont l’idéologie est figée sur un socle cimenté par la compétition, la nauséabonde « valeur travail (lire dans ce blog « De l’ambiguïté de la valeur travail ») et le mystificateur « mérite » qui n’a, depuis longtemps déjà plus rien de républicain, prétendre cela relève bien de la contrevérité.

Ce n’est pas de réforme mais de régression qu’il s’agit, d’une régression, cependant, qui n’ose s’avouer et qui se love comme honteuse d’elle-même dans les replis d’une phraséologie « progressiste ». Ainsi de cette « lutte contre les déterminismes sociaux », ainsi également, dans le même article de ce « traitement systématique de l’échec scolaire » (traitement, n’est-ce pas, comme on le fait d’une maladie) immédiatement contredit par les mots qui suivent: « grâce aux deux heures hebdomadaires qui seront consacrées au soutien des élèves en difficulté ».

Mots par lesquels est exprimée l’évidence de la régression puisque le soutien présenté ici comme une innovation n’est qu’une vieille lune pratiquée depuis toujours sous toutes les formes imaginables depuis les « études » du soir jusqu’au fameux « soutien et approfondissement » de la fin du siècle dernier et cela sans le moindre résultat significatif quant au « traitement de l’échec scolaire » (on peut voir à ce sujet ici même: « pourquoi développer le soutien scolaire est une idée néfaste »).

Ce mouvement régressif s’exprime dans toute son ampleur par ces mots qui closent la même phrase: « …et grâce aux stages gratuits de remise à niveau qui sont désormais proposés durant les vacances scolaires aux élèves de CM1 et CM2 ». Je ne reviendrai pas sur l’inanité d’une telle mesure et son caractère de double peine, je voudrais simplement souligner ici l’adjectif « gratuits » qualifiant les stages destinés aux « enfants des catégories défavorisées » comme l’on dit pudiquement pour ne pas écrire le mot « pauvre ». Et poser une question pour n’en dire rien d’autre: la précision « gratuits » n’est-elle pas idéologiquement significative?

Retour vers un passé qui a affermi les déterminismes sociaux

Cependant on verra mieux encore cette régression, ce retour vers un passé qui a affermi les déterminismes sociaux et dont les chiffres ne sont qu’une imparfaite illustration qui laissent dans l’ombre la réalité humaine de chaque être ainsi comptabilisé, on verra mieux, donc, ce mouvement régressif si l’on porte sur lui un regard en surplomb.

On percevra alors qu’il n’y a pas de contradiction, comme ont cru le percevoir nombre d’observateurs, entre une organisation pédagogique du lycée jugée plutôt « progressiste » et celle du primaire rétrograde et mécaniste. Comme il n’y a qu’une contradiction apparente entre l’intention proclamée de mettre en œuvre une timide approche « modulaire » et la suppression des IUFM, imparfaites certes, parfois même productrices d’aberrations mais essentiellement réformables.

Il y a là au contraire me semble-t-il une parfaite logique qui tend à affermir toujours plus les déterminismes sociaux. En effet l’organisation mécaniste du primaire qui se poursuit en vérité au collège est une opération de mutilation de cette « autonomie » proclamée au niveau du lycée. Qui seront alors les enfants suffisamment « autonomes » pour faire des études au lycée? Evidemment pas ceux qui auront été jugés insuffisamment « autonomes » dans les conseils de classe de troisième et sans doute avant. Devinez qui seront ces derniers?

En réalité cette apparente contradiction entre un primaire archaïsant et un lycée « moderniste » produira toutes les justifications de « bon sens » nécessaires à une orientation vers les voies professionnelles ou au mieux technologiques que les déterminismes sociaux réservent depuis toujours aux mêmes enfants « de milieu, etc. ».

Une inopérante tentative d’adapter l’école à la société marchande

En d’autres termes, il n’y a dans les mesures proposées qu’une très timide et sans doute inopérante tentative d’adaptation de l’école à une vision rétrograde de la « modernité » c’est-à-dire à la société marchande (j’entends par là une société dont chaque élément, chaque particule, fût-elle humaine, est appréhendée à chaque instant comme marchandise).

Prenons pour le voir quelques exemples dans le texte même du ministre. Quand il écrit que « la personnalisation de l’enseignement voulue par Nicolas Sarkosy est une véritable révolution pédagogique et sociale puisqu’elle permet de donner plus à ceux qui ont moins », il ne fait, si l’on néglige l’outrance de la phraséologie « révolutionnaire », que reprendre mot pour mot le slogan qui présida à la création des ZEP sous le ministère d’Alain Savary en 1982.

Si l’on pose alors la question que l’on posait déjà voici un quart de siècle: de quel ordre est ce plus que l’on « donne » à ceux qui ont moins? La réponse est celle-ci: de l’ordre du dérisoire, de quelques heures de « soutien », comme toujours quand on ne sait ou ne veut rien faire d’autre. Tout de même la création des ZEP manifestait une ambition d’une autre ampleur.

Quant à la « réforme » du lycée elle apparaît en réalité comme une vaine, je dis bien vaine, tentative de pacification d’établissements devenus un peu trop turbulents ces dernières années. Il suffit pour s’en convaincre d’établir la comparaison avec le modèle que, paraît-il, le ministre a consulté sur place, en… Finlande. Voyons pour cela l’analyse de ce chef d’établissement, Paul Robert, qui lui aussi s’est rendu sur place et en ramène un livre fort instructif, « La Finlande, un modèle éducatif pour la France? » (ESF éditeur, 2008):

Un des aspects les plus intéressants du lycée finlandais c’est que la classe y a disparu. A la place on a des modules à l’image de ce qui existe en faculté avec les UV. »

« Quand le professeur entre en classe les élèves se lèvent »

Nous attendons donc avec impatience que les classes, cet archaïsme pédagogique que pour ma part je ne cesse de dénoncer, disparaissent (et pas seulement au lycée) pour prendre au sérieux l’organisation modulaire présentée comme révolutionnaire. Nous attendons par la même occasion que les syndicats se saisissent de la question et n’invoquent pas sans cesse « les moyens » pour mieux l’éluder. Ou encore, du même auteur:

« Entre professeurs et élèves ce qui est surprenant pour nous c’est la grande familiarité, l’absence du sentiment hiérarchique si présent ici. »

Ce que l’on peut comparer au fameux « quand le professeur entre en classe les élèves se lèvent » ou à cette appréciation ministérielle lourde de sous-entendus: « le maître dont on a peu à peu affaibli la fonction et rabaissé le prestige » par laquelle on mesure la dimension révolutionnaire de ce que le ministre nomme réforme. Enfin, concernant la formation des enseignants:

« C’est la clé de la réussite. Ils ont su lier la formation professionnelle et la progression dans le métier […]. Le résultat c’est qu’ils forment des enseignants qui ont une grande capacité à réfléchir sur leurs pratiques. Du coup, d’ailleurs, ils ont supprimé les inspections. Ils n’en ont plus besoin. »

N’y a-t-il pas là un critère permettant de mesurer le degré de « modernité » d’une réforme. A quand en France l’abolition de cet autre archaïsme, l’inspection, et puis tant que nous y sommes de cet autre encore, la notation chiffrée des élèves qui a également été largement supprimée pendant toute l’école obligatoire en Finlande?

Pourtant cette école finlandaise n’est rien d’autre que le minimum nécessaire à l’adaptation du système éducatif à la modernité d’une société qui demeure celle du capitalisme cynique, pardon pour le pléonasme, que l’on qualifie abusivement de libérale.

Ne disais-je pas que la tâche s’annonce rude pour qui veut lutter contre « les déterminisme sociaux » par le moyen d’une… « véritable révolution pédagogique et sociale »?

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Re: Progression ou régression : la réforme de l'éducation selon le gvt français ?

Message par Claire M3T le Mar 5 Aoû - 12:51

J'aime beaucoup dans cet article le passage sur la modernité et le modèle de l'école finlandaise.

En France ceci est in-envisageable tant que les forces de régressions sont à l'oeuvre :
1) un gouvernement constitué exclusivement de privilégiés qui sont des élèves de familles bourgeoises qui n'ont jamais eu à décider de leur destin et pour qui les études allaient de soi
2) des syndicats d'enseignants noyautés par des imbus de pouvoir, qui ressemblent aux premiers, qui n'ont, défaut de penser autrement, que le manque de moyens à la bouche !
3) des enseignants qui ne prendront pas leur autonomie vis à vis de la propagande de ces syndicats et qui ne se révolteront pas contre leur hiérarchie bureaucratique de connivence avec les premiers.
4) des députés de la nation qui ne suivront pas servilement toutes ces conneries de "retour à l'autorité" juste bonnes pour les vieux grigous égoïstes.
5) des associations de parents vraiment actives et non protecteurs de inégalités qui sont au final très contents pour leurs proches de l'aubaine que représente le saccage des élèves de classe moyennes et basses : moins de concurrence pour leurs enfants.
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