La démocratie en discussion déjà en 422 avant Jésus-christ.

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La démocratie en discussion déjà en 422 avant Jésus-christ.

Message par Claire M3T le Sam 2 Aoû - 13:40

Cet extrait d¹une pièce de Théâtre d¹Euripide (480-406 av JC), que je viens de découvrir dans une anthologie des plus beaux textes de LA GRÈCE ANTIQUE, éditée sous la direction de Jacqueline de Romilly, est, je trouve, d'une troublante actualité.

Le dialogue qui s'engage entre Thésée, héros athénien mythique, et un Hérault thébain (de la cité de Thèbes) met en parallèle les régimes politiques de leurs deux cités : le pouvoir absolu de la tyrannie qui règne à Thèbes et les principes de la nouvelle démocratie d'Athènes. Thésée conclut par un éloge de la démocratie, où les lois sont égales pour tous et où chacun peut prendre la parole

LE HÉRAUT THÉBAIN :
— Où est donc votre maître ? A qui faut-il transmettre le discours de Créon, devenu roi de Thèbes, depuis qu'Etéocle, par la main de son frère Polynice, a péri sous l'enceinte aux sept portes ?
THÉSÉE :
— Ton discours étranger, débute par l'erreur, et tu cherches à tort un maître dans cette ville, qui n'est pas au pouvoir d'un seul : Athène est libre. Son peuple la gouverne ; tour à tour, les citoyens, magistrats annuels, reçoivent le pouvoir, pour administrer l'état. Nul privilège à la fortune : car le pauvre et le riche ont des droits égaux dans ce pays.
LE HÉRAUT THÉBAIN :
— Tu me fais, comme aux dés, marquer un point d'avance. La cité dont je viens obéit à un seul homme, non à la multitude : il n'est point d'orateurs qui la flattent ou ne l'exaltent par son éloquence, personne qui ne l'entraîne en tout sens, ne la tourne ou la retourne, dans son propre intérêt particulier. Ceux-là font le délice du peuple aujourd'hui, et son malheur demain; puis, pour dissimuler leur faute, ils calomnient de plus belle, esquivant ainsi le châtiment.
D'ailleurs comment le peuple, qui n'est pas capable de raisonnements droits, pourrait-il mener une cité sur le droit chemin ? Le temps, et non l'improvisation, parfait les connaissances. Un pauvre paysan, même instruit, n'aurait point le loisir de vacquer aux affaires publiques.
Ah ! Les honnêtes gens souffrent bien, lorsqu'un gueux s'empare du pouvoir en séduisant la foule par sa faconde, lui qui n'était rien naguère.
THÉSÉE : — Bel esprit et disert, quoique hors sujet, ce héraut ! Puisque donc tu cherches ce débat, écoute : à ce tournoi, tu m'auras provoqué.

Pour un peuple, il n'est rien de pire qu'un tyran.

Sous ce régime, pas de lois faites pour tous. Un seul homme gouverne, et la loi c'est SA chose. Donc, il n'y a plus d'égalité. Au contraire, sous le règne des lois écrites, pauvres et riches ont les mêmes droits. Le faible peut répondre à l'insulte du fort, et le petit, s'il a raison (le droit pour lui), vaincre le grand.

Quant à la liberté, elle est dans ces paroles : "Qui veut, peut donner à l'assemblée un sage avis pour le bien de la cité?". Lors, à son gré, chacun peut briller... ou se taire. Qui veut parler se met en avant, qui n'a rien à dire reste silencieux. Peut-on imaginer plus belle égalité ?"

De plus, dans les pays où le peuple est le maître, il se plaît à voir croître une ardente jeunesse.

Un tyran hait cela : les meilleurs citoyens, ceux dont il croît qu'ils pensent, il les abat, craignant sans cesse pour son trône.

Que peut-il donc tester de la force de sa patrie, lorsque, comme en un champ que le printemps fleurit, on y vient moissonner l'épi de la vaillance ? A quoi bon pour nos fils amasser des richesses, si nos efforts ne font que qu'enrichir le tyran ? A quoi bon élever chez nous de chastes vierges, pour fournir à son gré aux plaisirs d'un despote, si c'est nous préparer les larmes ? Que je meure, si je dois voire ainsi déflorer mes enfants !

Ces traits-là m'ont suffi, en riposte à tes traits. Mais que viens-tu chercher dans ce pays dis-moi ? Certes, il t'en eût coûté d'apporter en ces lieux tes propos superflus, n'était ta mission dont t'a chargé ta ville. Il sied qu'un messager s'en retourne, aussitôt son message accompli. Du moins qu'à l'avenir Créon envoie chez nous des députés un peu moins loquaces que toi.
Euripide , Les Suppliantes ; vers 399-462 ; environ 422 av. J.C.)
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Re: La démocratie en discussion déjà en 422 avant Jésus-christ.

Message par Claire M3T le Sam 2 Aoû - 16:25

Le Hérault de Thèbes, pour argumenter contre la démocratie, loue les lois faites par UN seul, et, en même temps fustige, les démagogues, meneurs de multitude.

En ce sens nos créatures politiques d'aujourd'hui, sont de nouvelles chimères, nous offrant un habile mélange de ces deux figures en une : corps de petit tyran associé à la tête de démagogue !

... Ceux-là mêmes, qui font le délice du peuple aujourd'hui, et son malheur demain; puis, pour dissimuler leur faute, ils calomnient de plus belle, esquivant ainsi le châtiment.
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